La zone littorale d'un lac, espace de transition entre milieu terrestre et aquatique, concentre une diversité végétale remarquable. Ces ceintures de végétation structurent l'écotone riverain et conditionnent en grande partie la qualité physicochimique des eaux lacustres. Leur régression, souvent liée à la pression foncière et à l'artificialisation des berges, est identifiée comme un facteur aggravant de l'eutrophisation dans de nombreux plans d'eau français.
Organisation en ceintures concentriques
La végétation lacustre riveraine s'organise selon un gradient hydrique qui va de la rive vers les eaux libres. On distingue classiquement trois zones :
- La roselière (hélophytes) : dominée par Phragmites australis (roseau commun) et Typha spp. (massettes), elle colonise les substrats vaseux entre 0 et 1,5 m de profondeur. Ces espèces ont la capacité d'absorber les nutriments directement depuis les sédiments et l'eau interstitielle.
- Les macrophytes immergés : Potamogeton spp., Myriophyllum spicatum, Chara spp. se développent jusqu'à des profondeurs où la lumière reste suffisante. Les characées en particulier sont associées aux lacs oligotrophes et leur disparition signale souvent une dégradation de la transparence.
- La ripisylve : la frange arborescente (aulnes, saules, frênes) stabilise les berges par ses systèmes racinaires et intercepte les flux hydrologiques de surface provenant du bassin versant.
Fonctions de filtration et de rétention
La végétation riveraine exerce plusieurs fonctions épuratrices documentées dans la littérature scientifique :
- Absorption racinaire des nutriments : les hélophytes prélèvent l'azote et le phosphore dissous dans la colonne d'eau et les sédiments. Une roselière en bonne santé peut séquestrer des quantités significatives de phosphore dans sa biomasse aérienne.
- Ralentissement des écoulements : les tiges et feuilles réduisent la vitesse de l'eau, favorisant la sédimentation des particules en suspension et des nutriments adsorbés.
- Dénitrification : les zones humides périphériques créent des conditions anaérobies propices à la dénitrification bactérienne, transformant les nitrates en azote gazeux.
- Stabilisation mécanique des berges : le réseau racinaire limite l'érosion et réduit les apports diffus de matières en suspension lors des crues.
Focus espèce
Chara vulgaris (charagne commune) est considérée comme un indicateur de bonne qualité des eaux lacustres. Sa présence en zone littorale témoigne d'une faible turbidité et d'une concentration modérée en phosphore. Sa disparition progressive dans de nombreux lacs français depuis les années 1980 est documentée dans les bases de données de l'OFB.
Macrophytes du lac des Quatre-Cantons et comparaisons françaises
Macrophytes aquatiques en milieu lacustre — source : Wikimedia Commons, licence CC
En France, les suivis les plus détaillés de la végétation lacustre sont conduits sur les grands lacs alpins (lac d'Annecy, lac du Bourget, lac Léman côté français). Le lac du Bourget en Savoie fait l'objet d'une surveillance depuis les années 1970, avec des relevés réguliers des communautés de macrophytes qui permettent de suivre l'évolution de la limite inférieure de colonisation, un indicateur direct de la transparence et donc du degré d'eutrophisation.
Menaces et facteurs de régression
Plusieurs facteurs contribuent à la réduction des ceintures végétales riveraines :
- Artificialisation des berges : enrochements, digues, aménagements nautiques et résidences en bord de lac suppriment la zone littorale végétalisée, parfois sur plusieurs centaines de mètres linéaires.
- Eutrophisation : la prolifération algale réduit la transparence et empêche la photosynthèse des macrophytes immergés en dessous de la zone euphotique.
- Espèces exotiques envahissantes : Elodea nuttallii (élodée de Nuttall), introduite en Europe au XXe siècle, forme des peuplements denses qui concurrencent les espèces indigènes dans de nombreux lacs français.
- Fluctuations anthropiques du niveau d'eau : les barrages et les prélèvements modifient les cycles hydrologiques naturels, déstabilisant les communautés végétales adaptées à des marnages saisonniers précis.
Approches de restauration
La restauration de la végétation riveraine fait partie des mesures préconisées dans les plans de gestion des lacs soumis à des pressions trophiques. Les principales approches documentées en France incluent :
- La revégétalisation des berges artificialisées par transplantation de boutures de roseaux et de saules.
- La mise en place de bandes enherbées entre les parcelles agricoles et les berges pour intercapter les flux de nutriments.
- L'interdiction des traitements phytosanitaires dans des périmètres de protection riverains définis par les plans d'eau protégés.
- La gestion conservatoire des roselières existantes pour maintenir leur structure et prévenir l'embroussaillement.
Ces mesures sont évaluées dans le cadre des contrats de bassin et des programmes de mesures des SDAGE (Schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux), pilotés par les comités de bassins et les agences de l'eau.